Robert BARRAT, condamné à la prison pour l'Algérie

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Robert BARRAT, condamné à la prison pour l'Algérie

Message  Admin le Lun 23 Fév - 5:31

Robert BARRAT



Robert BARRAT est né le 12 mars 1919 à Douai.
En Octobre 1953, Robert Barrat publie la chronique brûlante des événements liés à la déposition du sultan Mohamed V sous le titre "Justice pour le Maroc". Ce témoignage de vérité est un puissant réquisitoire contre le colonialisme et un plaidoyer vibrant pour l'indépendance du Maroc, oeuvre pour laquelle il sera inquiété.
"La vérité et la justice ont aujourd'hui besoin de témoins. Des témoins qui sachent au besoin souffrir sans mot dire." conclut-il.
Ce sera désormais son crédo.
Journaliste à Témoignage chrétien et France-Observateur, Robert Barrat est de ceux qui veulent savoir, et qui n’ont pas peur de chercher à découvrir ce qu’on leur cache. Sa connaissance de l’Algérie qu’il découvre en 1952, il la nourrit de nombreux voyages sur le terrain. Il ne va pas seulement à la rencontre de l’Algérie, mais des Algériens. Très vite, il prend la mesure du drame qui couve. Lorsqu’il éclate en 1954, Robert Barrat ne se contente pas de le rapporter dans de froides dépêches à son journal. Il tente de mettre à profit ses relations dans les sphères gouvernementales et chez les intellectuels pour ouvrir les yeux de ceux qui ne veulent rien voir
En 1955, moins d'une année après le déclenchement de la guerre d'indépendance en Algérie, Robert Barrat réalise le premier reportage au maquis et les interwiews exclusives d'Abane Ramdane et d'Ouamrane. Publiés dans France Observateur, ces articles sont censurés dans l'édition d'Algérie. Il est arrêté huit jours plus tard par la Direction de la sureté du territoire (DST). Il est libéré grâce à une intense campagne de solidarité menée par la presse française métropolitaine.
"Un temps précieux pourrait être gagné, bien des choses pourraient être sauvées entre les algériens et nous, si le prochain gouvernement avait le courage de proclamer de but en blanc l'indépendance de l'Algérie" déclare alors Robert Barrat

.
Leur maison ( lui et sa femme Denise ) de Dampierre servira d'asile, de refuge aux militants du Front de Libération National (FLN) et de relais au réseau Jeanson de soutien à la cause algérienne.
Robert est arrêté au siège de la rédaction de la revue Esprit pour avoir activement participé à la déclaration des "121", qui regroupe les signatures d'éminents intellectuels et artistes français pour l'indépendance de l'Algérie. Un puissant et énergique mouvement s'organise pour sa libération.
A l'indépendance de l'Algérie, en juillet 1962, Denise et Robert Barrat vivent et partagent pleinement les jours de liesse et de joie du peuple algérien.
Au mois d'aout 1976, Robert Barrat est prématurément emporté par la maladie. Il a 57 ans. Comme on s'assoupit après un long combat, il repose à Belle-Ile en mer, au large de la Bretagne.


Sources :
1/ Denise et Robert Barrat,
l'amour du juste
http://kikuyu.club.fr/archiv/portrai/barrat.html
Abdenour Dzanouni
Journaliste

2/ Algérie, retour de mémoire
OLIVIER DA LAGE
http://www.monde-diplomatique.fr/2001/11/DA_LAGE/8181

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Re: Robert BARRAT, condamné à la prison pour l'Algérie

Message  Admin le Lun 23 Fév - 16:28


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Re: Robert BARRAT, condamné à la prison pour l'Algérie

Message  Admin le Mer 29 Sep - 10:08

Hommage à Denise et Robert BARRAT


Source:
17 OCTOBRE 1961 Des livres en hommage à Robert et Denise Barrat Patrice Barrat :
" Le cadeau " de mes parents

http://www.humanite.fr/2001-10-16_Politique_17-OCTOBRE-1961-Des-livres-en-hommage-a-Robert-et-Denise-Barrat
Article paru
le 16 octobre 2001


Témoignages, articles, interpellations… Un journaliste au cour de la guerre d’Algérie (1) rassemble plusieurs des écrits de Robert Barrat, l’un des premiers journalistes français à avoir " raconté " la guerre, en professionnel rigoureux et en militant catholique de la lutte contre le colonialisme. Publié pour la première fois en 1987, l’ouvrage vient d’être réédité, véritable passage au scalpel de ce que fut " la guerre sans nom " : l’occasion de rencontrer Patrice Barrat, l’un des enfants de Robert Barrat, qui évoque la mémoire de ses parents…

- " Le temps a passé. Mais le drame algérien demeure dans les mémoires, pareil à une brûlure multiforme ", écrivait votre mère, Denise Barrat, dans un texte " liminaire " à la première édition de Un journaliste au cour de la guerre d’Algérie l’ouvrage de votre père, Robert Barrat. Quelles valeurs vous ont-ils, l’une et l’autre, laissé en héritage ?

Patrice Barrat. La question que je me pose encore aujourd’hui, à propos de mes parents, pourrait être formulée ainsi : " Quel était leur ressort pour faire tout ça ? " " Tout ça ", ce n’était pas seulement l’Algérie, mais aussi leurs combats avec les Palestiniens, les Marocains, les Indochinois… Je crois que l’un et l’autre étaient tout simplement animés de l’amour du prochain, du respect de l’autre. Ces mots peuvent paraître désuets, mais ce sont ceux qui me viennent à l’esprit. Dans son livre, mon père parle d’une femme qui crache sur le parcours des colons. C’est le début de son interrogation : " Qu’a-t-on fait à l’autre pour qu’il nous envoie cela en retour ? " Après la guerre d’Algérie, mon père a été quelque peu écouré par la politique - même s’il a mené d’autres combats - alors que ma mère a continué dans une sorte de " militance ", ce qui a pu l’amener à pardonner par avance certains actes, dès lors qu’ils étaient motivés par une juste cause…

- Quel était la sorte d’" écourement " dont vous parlez à propos de votre père ?

Patrice Barrat. Sans doute celui de la classe politique française, et qui touchait aussi bien Mitterrand que de Gaulle… Et puis, je crois qu’il considérait que le combat ayant été mené, il fallait penser et passer à autre chose. Pour mon père, " l’amour du prochain ", cela voulait dire aussi avoir des ressources pour élever ses enfants. Tout cela ne m’est apparu clairement que bien après… Une anecdote : en 1967 - j’avais dix ans -, je me souviens que, lors de l’un des premiers Face-à-Face (une émission qu’il avait créée sur RTL avec Jean Farran), Jean Lecanuet lui donnait du " M. le président ". Sans doute Robert Barrat était-il resté, à ses yeux, le secrétaire général du Centre catholique des intellectuels - chose, bien sûr, que j’ignorais totalement à l’époque. Mon père avait gardé intact son goût de la chose publique, du débat citoyen, son souci d’une opinion informée…

- Ce qui est frappant, dans son livre, c’est l’extraordinaire continuité d’attitude qu’il manifeste vis-à-vis de l’Algérie. Il écrit, par exemple : " L’Algérie, je la découvris pour la première fois en 1938 à travers le prisme déformant qu’avait laissé dans ma mémoire la visite de l’Exposition coloniale de 1933 "…

Patrice Barrat. En effet. Et l’on retrouve aujourd’hui encore beaucoup de documents : ses Livres blancs, un grand manuscrit sur l’histoire de la guerre, et d’autres papiers que Denise Barrat a réunis sous le titre Naissance d’une nation. Il y a aussi les échanges de courriers - avec Boudiaf ou avec Mauriac… Ce que j’ai découvert, c’est à la fois le partage et la jonction entre le journalisme de témoignage et le militantisme discret destiné à changer les choses. Cela ne laisse pas de me fasciner. Dans le même temps, en observant de près comment les archives étaient classées, mais aussi en parlant avec leurs amis, je me suis rendu compte que ma mère comptait beaucoup plus que je ne l’imaginais : elle écrivait beaucoup, elle a même été la cheville ouvrière du Livre blanc. L’" organisatrice ", c’était elle ! La " porteuse de valises ", aussi. Enfant, cela m’avait totalement échappé. La notoriété relative de mon père l’avait relégué dans l’ombre.

- Que retenez-vous aujourd’hui de cet " héritage " ?

Patrice Barrat. Sur la question algérienne, j’ai le sentiment d’une urgence à ce que le débat soit relancé sur le terrain politique. On ne peut pas se contenter de dire : " C’est le travail des historiens. " Ou plutôt le travail des historiens - jusqu’aux ouvrages récents de Raphaëlle Branche et de Sylvie Thénault - montre bien à quel point il s’agit d’une question politique. Je me demande donc quelle va être l’occasion - comme il y en a eu pour d’autres événements tragiques de notre histoire - dont va s’emparer tel ou tel responsable politique français pour reconnaître la répression et les crimes commis alors au nom de la France. Sur un plan plus personnel, l’" héritage " a pris longtemps pour moi la forme de la transmission d’un métier, d’un savoir, d’une manière de voir le monde dont j’essayais, non pas de me distancier, mais de la réévaluer. Mais depuis quelque temps, à relire tous les documents dont j’ai parlés, à voir ce que mes parents ont fait, et sachant que je produis moi-même des films - Ben Barka, Octobre 1961, Massacre à Sétif… - ou en pensant à la mondialisation, par exemple, je m’aperçois que mes parents m’ont fait un sacré cadeau…

Entretien réalisé par Jean-Paul Monferran

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