Hommage à Marcel PEJU

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Hommage à Marcel PEJU

Message  Admin le Mar 2 Déc - 21:51

Hommage à Marcel Péju

Sources:
Jeune Afrique.com
FRANCE - 11 décembre 2005 - par PAR MARWANE BEN YAHMED


Notre collaborateur est décédé à Paris le 4 décembre 2005, à l’âge de 83 ans.


Difficile de trouver les mots justes en pareilles circonstances… La lumière s’est éteinte. Marcel nous a quittés dans la nuit du 3 au 4 décembre. La nouvelle de son décès a été pour toute la rédaction un choc immense. Pour ceux qui le côtoyaient depuis longtemps au sein de J.A.I. mais aussi pour les plus « jeunes », dont je fais partie. Nous voyions souvent en lui une encyclopédie vivante. Amadou Hampaté Bâ écrivait : « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle. » Cette phrase prend ici tout son sens… La simple évocation de son passé, des Sartre, Aragon, Ben Bella, pour ne citer qu’eux, avec lesquels il a travaillé et milité, nous inspirait un profond respect.
Une semaine avant son décès, Marcel travaillait sur un article qu’il devait nous remettre rapidement. Il l’avait accepté avec gourmandise. Écrire était pour lui un besoin quasi vital. Diminué depuis plusieurs mois – il ne venait plus que très rarement au journal –, il ne cessait de nous relancer pour que nous lui donnions du travail. Quelques jours avant la remise de son article, sa fille nous a prévenus de son hospitalisation. Les nouvelles n’étaient toutefois pas alarmantes. Il n’était donc question que de reporter
la remise de son texte d’une ou deux semaines. Le destin en a décidé autrement…
Mais Marcel Péju était bien plus, évidemment, qu’un simple journaliste. Né à Lyon en 1922, il a vécu, souvent de l’intérieur, toutes les grandes dates du siècle dernier. La
Seconde Guerre mondiale et la Résistance, dans laquelle il s’engagea, la Libération, la guerre du Vietnam, celle d’Algérie, etc.
Il connut deux grandes « passions » : la Pologne et l’Algérie. La première dès 1956. Visites régulières et publication, pour la première fois en français, d’écrivains aujourd’hui célèbres (Brandys, Mrozek, Rudnicki, Kolakowski, etc). Pour ce qui est de l’Algérie, son engagement fut d’abord intellectuel avant de devenir militant, avec le
Front de libération nationale. Il s’y lia à Ben Bella et aux autres « chefs historiques ».
C’est d’ailleurs, paraît-il, ce militantisme qui sera à l’origine de sa rupture avec Sartre, du fait de ce dernier.
Enfin, 1979, date à laquelle il intègre la rédaction de Jeune Afrique, mais perd également sa première épouse Paulette Flachat, rencontrée au début des années 1940 alors
qu’elle était étudiante en philo, et avec laquelle il aura trois enfants. Il se remariera en 1980 avec Ludmilla Murawska, artiste-peintre polonaise et « vedette », entre 1955 et 1963, du plus célèbre théâtre privé de Varsovie.
Avant Jeune Afrique, il fut secrétaire général des Temps modernes de 1953 à 1962. Citons également, pêle-mêle, parmi les publications auxquelles il collabora, l’hebdo d’information Samedi-Soir, le mensuel Constellation, qu’il quittera en 1966 pour Sciences et Vie, puis les éditions américaines Grolier International.
Nous garderons tous de Marcel l’image d’un homme engagé, rigoureux, sensible et plein d’humour. Un personnage hors norme comme il en reste peu, d’une discrétion rare. Nous ne le verrons jamais plus parcourir les longs couloirs de nos locaux du 57 bis, rue d’Auteuil de sa démarche empruntée. Sa disparition laisse dans nos cœurs un vide immense.



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Re: Hommage à Marcel PEJU

Message  Admin le Mar 2 Déc - 22:02

Marcel Péju, Un témoin engagé

Sources:
El Watan.com
Edition du 09 Janvier 2006

Marcel Péju, ancien secrétaire général de Les Temps modernes, la revue que dirigeait Jean-Paul Sartre, a écrit Le procès du réseau Jeanson (Maspero, 1960), dont il était membre , réédité par les éditions La Découverte en 2002. Le livre rappelle qu’en février 1960, la police arrête une vingtaine de militants d’un réseau, constitué par des Français, afin de soutenir dans la métropole l’action des militants du FLN algérien.


Le « réseau Jeanson », du nom de son animateur, organisait l’hébergement en France de responsables FLN et l’acheminement de sommes d’argent au profit du FLN. Le 5 septembre 1960 démarre le procès de ces « porteurs de valises » devant le Tribunal permanent des forces armées de Paris. Comme l’écrit Marcel Péju, « le gouvernement croit sans doute vouer les accusés à l’opprobre » et « pourfendre spectaculairement la trahison ». Mais au bout de quelques jours, la situation se trouve renversée et le procès se transforme en arène politique : « C’est le gouvernement, l’armée, leur politique, c’est la guerre d’Algérie toute entière dont le procès commence. Accusés, témoins, avocats, débordant un tribunal stupéfait, transforment le prétoire en tribune de l’opposition. » Le procès des membres du réseau Jeanson reste un moment fort de la guerre d’Algérie - qui coïncide avec la publication du « Manifeste des 121 » sur le droit à l’insoumission. Marcel Péju a été de ceux qui ont combattu la guerre coloniale en Algérie. Il est aussi de ceux qui ont très tôt tenté de briser le silence sur la répression du 17 octobre 1961. En ce sens, il relève le rôle qu’ont joué dans la répression d’octobre 1961 les auxiliaires algériens de la police parisienne aux ordres de Maurice Papon, rôle qui, selon lui, ne doit pas être oublié quand on traite de la question des harkis. « La revue Les Temps modernes s’était fortement engagée contre la guerre, et, le soir du 17 octobre 1961, en compagnie de Claude Lanzmann, nous sortions de chez Jacques Vergès, à cette époque l’un des avocats du FLN, avec qui nous avions discuté de ce que nous pouvions faire pour appuyer la protestation des Algériens contre le couvre-feu raciste instauré le 5 octobre par Maurice Papon. En arrivant près de la place de l’Etoile, tandis que des CRS refoulaient brutalement un groupe d’Algériens, nous nous sommes trouvés face à un policier qui, tout seul au milieu du trottoir, brandissait un revolver au-dessus de sa tête, éructant des injures et criant qu’il fallait fusiller Ben Bella, dont les manifestants demandaient la libération, et qui nous intima l’ordre de circuler. Impossible de gagner les grands boulevards, où se déroulait l’une des plus importantes manifestations, férocement réprimée. Le lendemain matin, au journal Libération (première manière), où travaillait ma femme, Paulette Péju, je fis la connaissance du photographe Elie Kagan, tout ému encore, et qui lui montrait les atroces photos qu’il avait prises. » C’est ce que racontait Marcel Péju à l’historien Gilles Manceron, en septembre 2001. C’est alors qu’est publié en urgence un récit, Ratonnades à Paris, illustré par les clichés d’Elie Kagan. « Paulette (l’épouse de Marcel Péju, décédée) rassembla le maximum de témoignages, collectés notamment par la Fédération de France du FLN, et les accompagna des principaux comptes rendus de presse, souvent scandaleusement tendancieux. L’éditeur François Maspero fit des prouesses pour imprimer le livre en moins d’un mois. Mais celui-ci fut saisi aussitôt par la police qui en empêcha la mise en vente. Dès le crime, commençait sa dissimulation », ajoutait Marcel Péju. Un autre livre de Paulette Péju suivra : Les Harkis à Paris. Les éditions La Découverte rééditent ces ouvrages-témoignages sur les atrocités commises sur les Algériens de France, au nom de la « sûreté d’Etat » en 2000 avec une préface de Pierre Vidal-Naquet, une introduction de Marcel Péju, un article de François Maspero et un texte de l’association 17 Octobre 1961 : contre l’oubli (signé par Sidi Mohammed Barkat, O. Revault d’Allonnes et O. Le Cour Grandmaison).Marcel Péju a collaboré avec l’hebdomadaire Jeune Afrique l’Intelligent.


Par Nadjia Bouzeghrane


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