Jacques CHARBY, condamné à la prison pour l'Algérie

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Jacques CHARBY, condamné à la prison pour l'Algérie

Message  Admin le Mer 10 Déc - 14:41

Jacques Charby, un juste
(Extraits)




Source :
http://www.algeria-watch.org/
Jacques Charby, un juste
par François Gèze*

Le 1er janvier 2006, Jacques Charby est parti. Il avait soixante-seize ans. L’annonce de sa mort a été pour moi un coup au cœur. C’est en 2002 que j’ai fait sa connaissance : il était venu me voir pour me demander s’il était envisageable de rééditer le livre Les Enfants d'Algérie qu’il avait (anonymement) publié aux Éditions François Maspero en 1962. C’était un recueil de témoignages (écrits et dessinés) bouleversants d’orphelins de combattants algériens qu’il avait lui-même recueillis en 1961 et 1962, dans les camps de Tunisie et du Maroc. ……….
Mais Jacques Charby m’a fait part alors de son travail de recueil de témoignages des anciens « porteurs de valises », celles et ceux qui, comme lui, s’étaient engagés en France et en Europe dans les années 1955-1962 pour apporter un soutien concret à la lutte du FLN pour l’indépendance de l’Algérie (Jacques Charby s’était engagé dans le « réseau Jeanson » dès 1958). Ce travail, il l’avait entrepris depuis le début des années 1990, recueillant les témoignages filmés de ses camarades de l’époque, dans le but d’en faire un film, ou un livre.
Comédien de talent, en dehors de tout cercle politique, il entendait simplement donner la parole à ces femmes et ses hommes, si peu nombreux, qui se levèrent dans ces années-là parce qu’ils n’acceptaient pas que la France des droits de l’homme viole ses valeurs fondamentales sur la terre algérienne. Quarante ans après, il lui semblait important que leur histoire soit restituée, sans gloriole ni prétention, simplement pour l’honneur. C’est ce qu’il a fait, avec le soutien de Sylvain Laboureur (lui aussi ancien porteur de valises), et qui a débouché sur son livre de témoignages Les Porteurs d’espoir. Les réseaux de soutien au FLN pendant la guerre d’Algérie : les acteurs parlent, que j’ai publié en février 2004.
Malgré ses réticences, le propre témoignage de Jacques Charby y figure – et ce n’est que justice –, que Sylvain Laboureur présentait comme suit : « Toujours d’une sobriété déconcertante, le témoignage de Charby passe très vite sur ses activités très variées et de première importance, qu’il effectue sous le nom de “François”. Redevenu Jacques Charby, il rejoint la Tunisie. Il va adopter un petit réfugié algérien qui a été mutilé par l’armée française. […] Plus tard, notre “héros” (terme qu’il déteste, évidemment) rejoindra l’Algérie indépendante et devra y rester jusqu’à l’amnistie de 1966. Auparavant, à des Algériens qui réclamaient cette mesure pour leurs amis français, De Gaulle avait répondu : “Occupez-vous de vos traîtres, je m’occupe des miens…” Cette “trahison”, tous les porteurs d’espoir, comme Jacques, l’appellent fidélité. »
Arrêté en février 1960 et incarcéré à Fresnes, Jacques Charby parviendra à s’évader et à rejoindre le FLN en Tunisie. Condamné (par contumace) à dix ans de prison, il sera amnistié en 1966. Je ne peux citer ici que le début de son témoignage dans Les Porteurs d’espoir : « Comment, en 1958, me suis-je retrouvé dans un réseau de soutien au Front de libération nationale algérien et ma vie a-t-elle basculé ? Bien sûr, les raisons sont multiples, mais je pense que le premier “responsable” fut Kateb Yacine, que j’avais lu et rencontré. Il m’a ouvert les yeux sur les méfaits du colonialisme français en Algérie, et singulièrement sur la répression du 8 mai 1945, qui l’avait marqué à vie. […]
« Je n’étais pas clandestin, je continuais d’exercer mon métier de comédien, ce qui était pratique, justement, pour recruter. Bien entendu, je ne m’adressais pas à n’importe qui mais, généralement, je n’avais pas trop de peine à convaincre mes camarades. Après d’indispensables précautions (je “tournais autour du pot”), je me dévoilais, et je dois dire qu’alors, je n’y allais pas par quatre chemins :
1) être pour la paix sans agir n’a pas de sens ;
2) la seule source de paix en Algérie est l’Indépendance, elle ne peut être arrachée que par la lutte menée exclusivement par le FLN ;
3) ne pas aider le FLN, c’est refuser la paix et l’indépendance.
« C’est ainsi que bon nombre de comédiennes, de comédiens, de cinéastes – recrutés par moi et par d’autres – nous ont rejoints pour diverses tâches : Serge Reggiani, Roger Pigault, Marina Vlady, Cécile Marion, Jacques Rispal, Yann Le Masson, Jacques Trébouta, André Thorent, Paul Crauchet, Georges Berger, Michèle Firk, Raoul Sangla, Jacques Audoir, Catherine Sauvage, Olga Poliakoff, Odette Piquet, Francesca Solleville, Claude Vinci, Roger Blin, Jean-Marie Serreau, Gabriel Garran, Pierre Pernet… »
Inutile d’en rajouter. Il nous a fallu beaucoup d’efforts, à Sylvain Laboureur et moi-même, pour obtenir cet aveu du rôle majeur de Jacques Charby dans le recrutement de « porteurs de valises » les plus inattendus. Le reste est dans son livre, qui n’a pas eu malheureusement l’écho que j’espérais. Sans doute est-il venu « trop tôt », car la France n’a pas fini de régler ses comptes avec ces sombres années 1954-1962……
Pour autant, son combat reste celui d’un juste, et l’histoire le reconnaîtra.
Paris, le 9 janvier 2006
* Président-directeur général des Éditions La Découverte.


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Message  Admin le Mer 10 Déc - 14:50


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Message  Admin le Mer 29 Sep - 10:42

Hommage à Jacques CHARBY

Source :
http://www.oumma.net/
lundi 9 janvier 2006
Article de Brahim SENOUCI


Jacques Charby est mort

Jacques Charby vient de mourir. Son nom n’évoque sans doute rien pour le grand public, pas plus que celui de Francis Jeanson, voire celui de Frantz Fanon. C’est un constat choquant. Ils font en effet partie de notre mémoire. Il s’agit d’acteurs importants de la lutte de libération algérienne. Jacques faisait ainsi partie du réseau des « porteurs de valises », ces militants français anticolonialistes qui ne se satisfaisaient pas de la condamnation morale du colonialisme et étaient passés de l’ « autre côté de la barrière » en apportant leur soutien au FLN. Jacques a payé cet engagement d’une condamnation à une peine de prison de dix ans.
Dans la vie, il était comédien et réalisateur. On lui doit le premier film de l’Algérie indépendante « Une si jeune paix », un film à la fois radieux et poignant. De plus, la performance d’un des jeunes acteurs donne un relief particulier à cette oeuvre et participe de sa dimension tragique. Le destin de ce jeune garçon s’était intimement lié à celui de Charby. Issu d’une famille massacrée sous ses yeux par la soldatesque coloniale, il avait eu le bras entièrement brûlé et il en avait perdu l’usage. Charby l’a adopté. Charby l’a élevé en France. Il n’a, hélas, jamais pu échapper au cauchemar qu’il avait vécu. Il était sujet à des crises violentes. Après des dizaines de tentatives de suicide, il est mort il y a deux ans.
J’ai connu Charby durant ces dernières années. D’un abord abrupt, il cachait soigneusement la fêlure que représentait pour lui la plongée de l’Algérie indépendante dans les convulsions qu’elle a récemment connues. Il en souffrait pourtant, d’une souffrance fraternelle.
Quelle époque étrange que la nôtre ! On exhume les cadavres du placard en les parant de vertus nouvelles. Je veux parler de la loi sur la colonisation et ses « aspects positifs ». Oubliés, les massacres de masse. Oubliés, l’acculturation et le déni infligés à tout un peuple qui en porte encore aujourd’hui les stigmates. Après tout, pourquoi ne demande-t-on pas leur avis aux peuples colonisés ? Pourquoi n’a-t-on pas sollicité l’avis de Jeanson ou de Charby ? S’ils avaient choisi de se mettre hors la loi de leur pays, n’était-ce pas pour combattre une entreprise criminelle ?
Personne n’a songé à s’enquérir de leur point de vue. Mieux encore, le Ministre français de l’Intérieur a confié une mission sur la mémoire et l’histoire au plus sinistre des histrions, Arno Klarsfeld, celui-là même qui préconisait il y a peu le transfert massif des Palestiniens en Jordanie, avant de prendre lui-même l’uniforme de l’armée israélienne !
Dans ce monde privé de sens, la voix de Charby va manquer alors qu’enfle le choeur des va-t-en guerre du « clash des civilisations ». Ce juif, frère blessé des hommes, de tous les hommes, était la négation vivante de cette absurdité mortelle.Il laisse des proches, des camarades de combat. A Marie, sa fille, il a insufflé suffisamment de force pour qu’elle se relève de cette épreuve avec l’aide de Catherine, sa mère.
Adieu, Jacques.
Brahim SENOUCI
Membre du Conseil National de l’AFPS


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