Denise BARRAT, condamnée à la prison pour l'Algérie

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Denise BARRAT, condamnée à la prison pour l'Algérie

Message  Admin le Mar 24 Fév - 11:44

Denise BARRAT


A la fin des années quatre-vingts, Denise Barrat a fondé avec d'autres militants, l'Association de Solidarité avec les peuples d'Algérie et du Maghreb (SOLIDAM). Ce haut sens de l'amitié avec les peuples qu'elle cultivait, elle l'a toujours porté et partagé avec Robert Barrat, son mari. Tous deux ont été, avec un rare courage, des militants précoces du mouvement de décolonisation.

Denise Barrat est née le 15 mai 1923 à Paris. Durant la deuxième guerre mondiale, ses parents sont morts en déportation dans les camps nazis.
Ils se rencontrent au sortir de la guerre en décembre 1945. A partir de cette date, il est difficile de parler de l'un sans évoquer l'autre, tant leur vie et leur oeuvre sont admirablement tressées, consacrée à un même idéal de justice, de fraternité et de liberté des hommes.

Au lendemain de la libération, ils sont mari et femme, journalistes à Témoignage Chrétien. Avec lucidité, tous deux s'engagent pour la libération de l'Indochine, de Madagascar et de la Palestine
Dès lors, Denise et Robert Barrat s'engagent avec une foi inébranlable contre la guerre et pour l'indépendance de l'Algérie. Ils défendent avec ferveur cette option politique auprès de l'opinion française.
Leur maison (de Denise et Robert) de Dampierre servira d'asile, de refuge aux militants du Front de Libération National (FLN) et de relais au réseau Jeanson de soutien à la cause algérienne.

En fevrier 1960, Denise est inculpée pour avoir hébergé des militants du FLN. Enceinte, elle est mise en liberté provisoire. Elle participe en juillet avec Robert Barrat et Henri Curiel à la création du Mouvement Anticolonialiste Français.
Denise est jugée en Octobre 1960.
"En tant catholique, je connais la doctrine de l'Eglise sur la guerre juste et injuste. Et la guerre d'Algérie est pour moi le type même d'une guerre injuste", déclare-t-elle devant le tribunal.
Elle est relaxée.

A l'indépendance de l'Algérie, en juillet 1962, Denise et Robert Barrat vivent et partagent pleinement les jours de liesse et de joie du peuple algérien. Mais déjà, le regard clair de Robert se tourne vers d'autres horizons et d'autres exigences. Denise, toujours déterminée, poursuit le combat dans le domaine culturel, une dimension sans laquelle, elle le sait, tout peut s'éffondrer tôt ou tard.
En juin 1963, alors que le pays se relève de ses ruines, évitant miraculeusement une guerre civile dévastatrice, Denise Barrat publie aux éditions Seghers "Espoir et Parole", un recueil de poémes, offerts épars durant la guerre par Kateb Yacine, Anna Greki, Bachir Hadj Ali, Malek Haddad, Henri Kréa, Zhor Zérrari, Laadi Flici et d'autres encore, les uns vivants, les autres disparus.
La même année, Denise participe à la fondation de l'association France-Algérie. S'intéressant à la situation des émigrés, elle contribue régulièrement par des articles dans Actualités de l'Emigration à faire connaître la réalité vécue par cette communauté.
En octobre 1966, elle recueille et publie des textes et documents sous le titre "Liban, escale du temps". A partir de ces années, Denise s'investit entièrement dans la cause palestinienne qu'elle avait épousée dès 1948. Elle est très liée à l'Union des Femmes Palestiniennes, ainsi qu'à l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Elle est vice-présidente du Comité de Sauvegarde du Patrimoine Culturel Palestinien et membre du conseil d'administration de France-Pays arabes.

En 1983, Denise édite un ouvrage poétique pour enfants, illustré par des aquarelles du peintre palestinien Salim Salamah. En 1987, elle rassemble des écrits inédits de Robert Barrat sous le titre générique "Les maquis de la Liberté, un journaliste au coeur de la guerre d'Algérie". Elle a aussi réalisé à la suite un important recueil de documents et de textes inédits, qui attend d'être édité.
A la fin des années quatre-vingts, Denise est porté à la tête de l'Association de Solidarité avec les peuples d'Algérie et du Maghreb (SOLIDAM). Elle s'y consacra jusqu'à la dernière énergie, jusqu'au dernier souffle.
"Ce qui nous désole, nous français solidaires avec le peuple algérien, est de voir une classe politique que de nombreuses valeurs devraient rassembler, se déchirer en public, nous empêchant d'aider utilement l'Algérie" confie-t-elle un mois avant de nous quitter.
En 1996, Denise a tiré sa révérence pour rejoindre Robert dans ce bout de terre lumineux à l'assaut des brumes océanes où l'orchestre de la mer les accompagnera dans l'éternité.

Abdenour Dzanouni
Journaliste


Sources :
Denise et Robert Barrat,
l'amour du juste
http://kikuyu.club.fr/archiv/portrai/barrat.html
Abdenour Dzanouni
Journaliste


Dernière édition par Admin le Jeu 9 Juil - 18:47, édité 1 fois
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Message  Admin le Dim 1 Mar - 1:58

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Re: Denise BARRAT, condamnée à la prison pour l'Algérie

Message  Admin le Mer 29 Sep - 10:07

Hommage à Denise et Robert BARRAT


Source:
17 OCTOBRE 1961 Des livres en hommage à Robert et Denise Barrat Patrice Barrat :
" Le cadeau " de mes parents

http://www.humanite.fr/2001-10-16_Politique_17-OCTOBRE-1961-Des-livres-en-hommage-a-Robert-et-Denise-Barrat
Article paru
le 16 octobre 2001


Témoignages, articles, interpellations… Un journaliste au cour de la guerre d’Algérie (1) rassemble plusieurs des écrits de Robert Barrat, l’un des premiers journalistes français à avoir " raconté " la guerre, en professionnel rigoureux et en militant catholique de la lutte contre le colonialisme. Publié pour la première fois en 1987, l’ouvrage vient d’être réédité, véritable passage au scalpel de ce que fut " la guerre sans nom " : l’occasion de rencontrer Patrice Barrat, l’un des enfants de Robert Barrat, qui évoque la mémoire de ses parents…

- " Le temps a passé. Mais le drame algérien demeure dans les mémoires, pareil à une brûlure multiforme ", écrivait votre mère, Denise Barrat, dans un texte " liminaire " à la première édition de Un journaliste au cour de la guerre d’Algérie l’ouvrage de votre père, Robert Barrat. Quelles valeurs vous ont-ils, l’une et l’autre, laissé en héritage ?

Patrice Barrat. La question que je me pose encore aujourd’hui, à propos de mes parents, pourrait être formulée ainsi : " Quel était leur ressort pour faire tout ça ? " " Tout ça ", ce n’était pas seulement l’Algérie, mais aussi leurs combats avec les Palestiniens, les Marocains, les Indochinois… Je crois que l’un et l’autre étaient tout simplement animés de l’amour du prochain, du respect de l’autre. Ces mots peuvent paraître désuets, mais ce sont ceux qui me viennent à l’esprit. Dans son livre, mon père parle d’une femme qui crache sur le parcours des colons. C’est le début de son interrogation : " Qu’a-t-on fait à l’autre pour qu’il nous envoie cela en retour ? " Après la guerre d’Algérie, mon père a été quelque peu écouré par la politique - même s’il a mené d’autres combats - alors que ma mère a continué dans une sorte de " militance ", ce qui a pu l’amener à pardonner par avance certains actes, dès lors qu’ils étaient motivés par une juste cause…

- Quel était la sorte d’" écourement " dont vous parlez à propos de votre père ?

Patrice Barrat. Sans doute celui de la classe politique française, et qui touchait aussi bien Mitterrand que de Gaulle… Et puis, je crois qu’il considérait que le combat ayant été mené, il fallait penser et passer à autre chose. Pour mon père, " l’amour du prochain ", cela voulait dire aussi avoir des ressources pour élever ses enfants. Tout cela ne m’est apparu clairement que bien après… Une anecdote : en 1967 - j’avais dix ans -, je me souviens que, lors de l’un des premiers Face-à-Face (une émission qu’il avait créée sur RTL avec Jean Farran), Jean Lecanuet lui donnait du " M. le président ". Sans doute Robert Barrat était-il resté, à ses yeux, le secrétaire général du Centre catholique des intellectuels - chose, bien sûr, que j’ignorais totalement à l’époque. Mon père avait gardé intact son goût de la chose publique, du débat citoyen, son souci d’une opinion informée…

- Ce qui est frappant, dans son livre, c’est l’extraordinaire continuité d’attitude qu’il manifeste vis-à-vis de l’Algérie. Il écrit, par exemple : " L’Algérie, je la découvris pour la première fois en 1938 à travers le prisme déformant qu’avait laissé dans ma mémoire la visite de l’Exposition coloniale de 1933 "…

Patrice Barrat. En effet. Et l’on retrouve aujourd’hui encore beaucoup de documents : ses Livres blancs, un grand manuscrit sur l’histoire de la guerre, et d’autres papiers que Denise Barrat a réunis sous le titre Naissance d’une nation. Il y a aussi les échanges de courriers - avec Boudiaf ou avec Mauriac… Ce que j’ai découvert, c’est à la fois le partage et la jonction entre le journalisme de témoignage et le militantisme discret destiné à changer les choses. Cela ne laisse pas de me fasciner. Dans le même temps, en observant de près comment les archives étaient classées, mais aussi en parlant avec leurs amis, je me suis rendu compte que ma mère comptait beaucoup plus que je ne l’imaginais : elle écrivait beaucoup, elle a même été la cheville ouvrière du Livre blanc. L’" organisatrice ", c’était elle ! La " porteuse de valises ", aussi. Enfant, cela m’avait totalement échappé. La notoriété relative de mon père l’avait relégué dans l’ombre.

- Que retenez-vous aujourd’hui de cet " héritage " ?

Patrice Barrat. Sur la question algérienne, j’ai le sentiment d’une urgence à ce que le débat soit relancé sur le terrain politique. On ne peut pas se contenter de dire : " C’est le travail des historiens. " Ou plutôt le travail des historiens - jusqu’aux ouvrages récents de Raphaëlle Branche et de Sylvie Thénault - montre bien à quel point il s’agit d’une question politique. Je me demande donc quelle va être l’occasion - comme il y en a eu pour d’autres événements tragiques de notre histoire - dont va s’emparer tel ou tel responsable politique français pour reconnaître la répression et les crimes commis alors au nom de la France. Sur un plan plus personnel, l’" héritage " a pris longtemps pour moi la forme de la transmission d’un métier, d’un savoir, d’une manière de voir le monde dont j’essayais, non pas de me distancier, mais de la réévaluer. Mais depuis quelque temps, à relire tous les documents dont j’ai parlés, à voir ce que mes parents ont fait, et sachant que je produis moi-même des films - Ben Barka, Octobre 1961, Massacre à Sétif… - ou en pensant à la mondialisation, par exemple, je m’aperçois que mes parents m’ont fait un sacré cadeau…

Entretien réalisé par Jean-Paul Monferran
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